Cobalt et voitures électriques : La durabilité environnementale des privilégiés

Auteur: Benita Kayembe | Étudiante diplômée en Santé Mondiale et Population, Université de Harvard 

Graduate Student in Global Health and Population, Harvard University
Apr 12, 2022
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Les opinions exprimées dans ce commentaire sont les miennes.

Là d'où je viens, il est courant d'entendre parler d'éruptions deguerres civiles, probablement provoquées pour protéger les intérêts économiquesde communautés non locales. Je parle de la République démocratique du Congo,l'un des pays les plus riches en ressources de la planète.

 

 Là-bas, les mines sont épuisées pour assurer le bien-êtreéconomique de nations économiquement avancées. Ironiquement, la population duCongo, travaillant dans ces mines, ne bénéficie ni de gains monétaires ni d’innovationstechnologiques construites à partir de leurs ressources [1]. Chaque jour, sipas chaque heure, d'énormes quantités de cobalt, entre autres, sont siphonnéesdes mines congolaises pour soutenir la création de voitures électriques etautres pour quelques privilégiés à qui on a fait croire que les voituresélectriques sont durables, meilleures pour l'environnement, et pour lasauvegarde de la planète et du monde [2]. 

 

En cette époque où le changement climatique menace notre planèteet où la plupart d'entre nous recherchent des moyens pour atténuer ses effetssur l'humanité, la plupart se sont tournés vers l'utilisation du cobalt pourcréer des voitures électriques et d'autres appareils électroniques, voyant celacomme l'une des solutions.  

 

Au Congo, l'un des endroits où le cobalt est miné, le cobalt estsouvent extrait de façons non contrôlées et échangé sur des bourses nonréglementées et non habilitées pour les ressources naturelles. En fait, aucunebourse n'opère au Congo pour réguler l'industrie minière [3].  

Cette exploitation minière incontrôlée entraîne la pollution del'eau, de l'air, l'érosion des sols ; elle affecte la santé de ceux qui viventaux alentours et de ceux qui l’exploitent sans aucune protection, sans aucune règlementationet laisse les régions où l’extraction a lieu en plus mauvais état qu’elles nel’étaient déjà. Pourtant, enthousiasmés par la promesse que les voituresélectriques sont meilleures pour l'environnement, les pays économiquementavancés sont de plus en plus motivés à l'idée d'investir dans plus de voituresélectriques promettant une alternative meilleure et durable pour le transport,nécessitant par conséquent plus de cobalt.  

 

Alors que de nombreuses personnes dans le Nord sont enthousiasméespar l'idée d'être électroniquement habilitées à lutter contre le réchauffementclimatique, en commençant par les voitures électriques pour le transport, ceuxdu Sud souffrent des effets négatifs de la vie et du travail dans des mines noncontrôlées. 

 Je me demande de quelle sorte de durabilité il s'agit. Il mesemble que selon le coin du globe où l’on vit, selon le continent d’oùon est originaire, le sens que l’on donne au combat pour l’environnement, à lalutte pour maintenir la vie ou au combat pour trouver des solutions durables envue de maintenir la vie et de trouver des solutions pour atténuer les effets duréchauffement climatique est abordé, vu et vécu différemment. 

 

Je vis aux États-Unis. Ici, nous sommes prêts à payer n'importequel prix pour avoir la voiture électrique dernier cri tant que cela nous vabien. Non seulement nous conduisons « peut-être » de manière plus responsableet contribuons à notre vision « égocentrique »de la durabilitéenvironnementale, mais aussi nous pouvons nous le permettre. Nous avons lesmoyens financiers, nous choisissons d'investir dans des voitures électriquespour faire bonne impression, pour nous sentir bien dans notre peau, oupeut-être pour soulager notre conscience en nous faisant croire à nous-mêmesque nous faisons du bien pour et par l'environnement. 

 

Mais, qu'en est-il de ces personnes, pourtant incontournables,impliquées dans les mines d’extraction de cobalt dans des conditions souventdéplorables pour produire des voitures électriques ? Sont-elles incluses dansl'objectif de durabilité ?  

 Qu'en est-il de la détérioration de l'environnement due ànotre vif désir à être technologiquement avancé ?   

Qu'en est-il de ces vies invisibles et dont on ne parle pas,affectées par l'exploitation du cobalt dans les mines congolaises afin que lespays riches puissent innover et se sentir en sécurité dans leur capacité às'adapter au réchauffement climatique ?   

Qu'en est-il de toutes ces choses et de toutes ces personnes,connues et inconnues, qui sont affectées par l'extraction des ressourcesnaturelles ? Ne font-elles pas partie de l'environnement que nous souhaitonstous tant protéger avec l'idée noble de voitures durables et viables ? 

 

Bien que nous espérions que les voitures électriques nousaideraient à résoudre cette situation anthropique dans laquelle nous noussommes nous-mêmes fourrés, la technologie a été le début de la chute de laplanète Terre. La technologie n’est bénéfique que pour ceux qui peuvent se lepermettre. Elle ne fonctionne que pour ceux qui peuvent prétendre vivre demanière durable en conduisant des voitures électriques, par exemple. C'est,comme plaisante une amie "la durabilité environnementale pour lesprivilégiés". 

 

 « La durabilité pour les privilégiés », c'est lorsque le rêve desvoitures électriques est vendu comme faisant partie de la panacée auréchauffement climatique, mais que seuls les privilégiés peuvent se l'offrir,alors qu'à cause de ces voitures, des guerres civiles sont créées et des viessont perdues dans des états non privilégiés. 

 

 Les voitures électriques sont considérées par certains commeparfaites et par d'autres comme une meilleure alternative aux anciennes formesde voitures [4]. Les voitures électriques peuvent effectivement être plusdurables que les anciennes formes de voitures. Mais, de mon point de vue, ils'agit d'une vision unilatérale de la durabilité. Une vision unilatérale de cequi est nécessaire pour atténuer les effets du réchauffement climatique. C'estune vision de la durabilité environnementale où seule une minorité peut sepermettre d'être durable si durabilité existe, bien sûr, au détriment desautres. 

 

Les voitures électriques sont une alternative qui vise à limiterl'utilisation par l'humanité de l'essence ou du pétrole. Et pourtant, les voituresélectriques doivent quand même utiliser du cobalt, qui est également coûteuxtant en termes de vies perdues qu’en termes de biodiversité. Ici, les pays développés(qui ne subissent pas les effets négatifs de l'exploitation du cobalt)conservent un avantage comparatif pour bénéficier des ressources naturelles -tandis que les pays pauvres comme le Congo (soumis aux effets négatifs del'exploitation du cobalt) - restent dans une situation de désavantagecomparatif où ils souffrent des conséquences du simple fait de l'existence mêmedes mines exploitées.  

La plupart des communautés vivant à proximité des mines ne peuventni s'adapter au réchauffement climatique, ni s'offrir les technologiesnécessaires pour les aider à le faire. 

 

L'exploitation des ressources naturelles laisse les régions et lespopulations exploitées dans la pauvreté, tout en donnant aux exploitants lepouvoir, l'argent et le confort que procurent les innovationstechnologiques. 

À l'heure actuelle, les pays développés profitent des voituresélectriques. La plupart se disent qu'ils vivent de manière plus durable.Pourtant, d'autres personnes, en particulier celles qui travaillent sur leterrain pour extraire des ressources naturelles comme le cobalt qui alimenteles innovations, ne bénéficient pas des profits monétaires de l’exploitationminière quelle qu’elle soit et ne peuvent pas donc s'offrir le confort ou lescapacités que les innovations technologiques, issues de leur sol, produisent.Ils ne sont pas mentionnés, ne sont pas pris en charge et le pire dans tout çac’est que c’est au profit des autres. 

 

Les 100 dernières années ont prouvé que l'humanité peut créer desbouleversements technologiques inimaginables. De même, nous pouvons investirdans la recherche et la création d'alternatives aux sources d'énergie pour lesvoitures électriques pour un avenir meilleur. Des partisans de la recherchesont actuellement en train de développer des batteries lithium-ion sans cobaltafin de résoudre les problèmes liés à l'extraction du cobalt [5]. 

 Par conséquent, nous ne devrions pas cesser de chercher demeilleures alternatives jusqu'à ce que nous atteignions le sommet de ladurabilité environnementale inclusive dans cet espace.  

Sensibiliser l’humanité à ces sujets et investir, financièrementou autres, dans des technologies holistiques et inclusives est un bondébut. 

 

Ceci est une traduction française


Nous tenons à remercier Hugue Nkoutchou pour ses commentaires utiles et Kenneth Nsah pour l'édition de cet article d'opinion.

Reference(s)

1-lalji-n-2007-the-resource-curse-revised-conflict-and-coltan-in-the-congo-harvard-international-review-29-3-34-37-retrieved-from-https-archive-globalpolicy-org-the-dark-side-of-natural-resources-st-water-in-conflict-40150-html
[2] Tsurukawa, N., Prakash, S., & Manhart, A. (2011). Social impacts of artisanal cobalt mining in Katanga, Democratic Republic of Congo. Institute for Applied Ecology. Retrieved from http://resourcefever.com/publications/reports/OEKO_2011_cobalt_mining_congo.pdf
[3] U.S. Department of State. (2020, December 1). Congo, Democratic Republic of the - United States Department of State. U.S. Department of State. https://www.state.gov/reports/2019-investment-climate-statements/congo-democratic-republic-of-the/.
[5] ScienceDaily. (2020, July 16). New cobalt-free lithium-ion battery reduces costs without sacrificing performance. ScienceDaily. https://www.sciencedaily.com/releases/2020/07/200716101612.htm.
[4] Nilsson, M., Griggs, D., & Visbeck, M. (2016, June 15). Policy: Map the interactions between Sustainable Development Goals. Retrieved from https://www.nature.com/articles/534320a.